L'Association des Centres Chorégraphiques Nationaux a été créée en 1995 à Caen, une petite quinzaine d'années après l'apparition des premiers CCN.

LETTRE OUVERTE
LETTRE OUVERTE

LETTRE OUVERTE


À Paris, le 10 avril 2020

Nous, artistes directeur.rice.s des 19 Centres chorégraphiques nationaux, réuni.e.s au sein de l’Association des Centres chorégraphiques nationaux, souhaitons par ce texte d’une part, rappeler que les CCN sont des leviers structurants de la filière professionnelle danse, et, d’autre part, affirmer notre volonté d’assumer les responsabilités qui sont les nôtres pendant la crise consécutive à la pandémie du Covid 19.

Par cette expression, l’ACCN s’inscrit dans une dynamique partagée, également portée par les syndicats d’employeur.se.s comme de salarié.e.s et différentes institutions et collectivités.

L’avenir est incertain, mais nous avons à cœur de le préparer dès maintenant.

Nous avons conscience que cette crise sanitaire fragilise et fragilisera notre secteur, et plus largement notre société à moyen, voire à long terme. Nous savons que la levée du confinement ne signifiera pas pour autant reprise des rassemblements et donc de l’intégralité de nos activités. 

Nous sommes des artistes porteur.se.s de projets spécifiques et des missions qui nous ont été confiées par l’Etat et les collectivités territoriales (création, production et résidences, programmation, formation et médiation, formation supérieure). 

Nous sommes également directeur.rice.s d'entreprises culturelles. Il nous appartient donc, dans cette période plus que singulière, de protéger les salarié.e.s permanent.e.s des CCN : nous assurer de leur santé ainsi que d’organiser avec elles et eux le travail à distance lorsqu’il est possible, et de ne pas perdre le lien qui nous unit.

Nous nous employons à préserver durablement la solidité des équipements que nous dirigeons. Pour la filière professionnelle danse, les CCN sont en effet des organisations indispensables à la chaîne de production et de diffusion de l'art chorégraphique et du spectacle vivant en général.

En tant que structures labellisées, nous sommes les outils d’une politique culturelle audacieuse portée par le ministère de la Culture et les collectivités territoriales, qui nous apportent l'essentiel de nos moyens financiers et parfois matériels.

Cependant, notre économie et nos engagements dépendent aussi de nos ressources propres, issues notamment des tournées de nos créations en France et à l’international. Les difficultés rencontrées à cet endroit sont nombreuses car certains diffuseurs refusent les préconisations ministérielles et interprofessionnelles en vigueur pour la prise en charge des coûts de cession ou a minima des coûts plateau des spectacles annulés. 

Dès lors que nos entreprises sont touchées, c’est tout l’écosystème qui est mis en danger, entraînant une sur-précarisation des intermittent.te.s du secteur culturel.

Nous créons et produisons des œuvres et, à ce titre, sommes employeur.se.s d’intermittent.te.s, techniques et artistiques, mais aussi, parfois, d’auteur.rice.s, de prestataires, de danseur.se.s étranger.ère.s, ou encore d’auto-entrepreneur.se.s. D'elles et d’eux aussi, il nous revient d'être solidaires.

Les CCN accompagnent de manière déterminante des artistes et des compagnies indépendantes. Pendant cette crise sanitaire, ce sont inévitablement des périodes de répétitions qui disparaissent, et des créations et tournées qui sont mises en danger ; certaines ne verront peut-être jamais le jour. Ce sont autant d’artistes chorégraphiques, de technicien.ne.s dont les renouvellements des droits à l’intermittence pourraient être rendus impossibles. 

Il est urgent d’accompagner au mieux le secteur chorégraphique dans cette période instable et fragilisante.

Par ailleurs, les très grandes difficultés rencontrées – pour certains – concernant les formations supérieures dispensées, ainsi que l’annulation des actions de médiation et d’éducation artistique et culturelle, très nombreuses dans les CCN (reposant souvent sur des intervenant.e.s extérieur.e.s), altèrent un peu plus le statut des danseur.se.s et des artistes en général. De cela nous sommes également préoccupé.e.s !

Enfin, pour rendre visible et partager la puissance et la diversité de l’art chorégraphique, la majorité d’entre nous programme des spectacles, dans nos murs ou en collaboration avec des structures partenaires. A ce titre, et sans moyens financiers adaptés, nous sommes également responsables d’une grande partie de la diffusion de l’art chorégraphique sur nos territoires, autant de programmations annulées en lien avec la situation sanitaire. Quelles seront alors les modalités de financement des pertes accusées par les compagnies et les CCN, et ce sans disposer d'aucune compensation en termes de billetterie ?

L’arrêt ou la baisse des activités des CCN aura des incidences fortes sur tout le système de production et de diffusion dans les saisons à venir. En favorisant un paiement des cessions ou a minima des coûts plateau, nous œuvrons pour ne pas porter atteinte à l’équilibre économique des compagnies et des individus avec lesquels elles collaborent, artistiquement, techniquement et administrativement.

Nous réfléchissons également, ensemble et en lien avec les Centres de développement chorégraphique nationaux, à des solutions de report des résidences pour atténuer le plus possible les impacts sur les productions en cours. Certain.e.s d’entre nous sont d’ores et déjà en train de réfléchir à adapter les plannings des équipes et des lieux pour ouvrir aux compagnies les studios et plateaux en période estivale tout en conciliant cette volonté avec nos propres contraintes, notamment budgétaires.

Cependant, si nous avons à cœur de pleinement remplir le devoir de solidarité tel qu’évoqué par notre ministre lors de sa déclaration du 18 mars 2020, nous ne pouvons ignorer nos responsabilités en termes de gestion des financements publics. 

Face à la situation rencontrée, nous avons déjà mis en place des mesures de récupération, prise de congés payés et de chômage partiel pour certains de nos permanent.e.s. Concernant les intermittent.te.s, dans la mesure du possible, nous privilégions le maintien des salaires. Chaque choix est raisonné et pondéré, et nous agissons toujours éthiquement pour préserver les plus fragiles tout en essayant de ne pas mettre en péril nos structures. 

C’est pourquoi nous désirons par ce texte appeler nos partenaires et nos tutelles à nous accompagner dans cette solidarité, dans un échange que nous souhaitons transparent, franc et constructif, en travaillant ensemble respectivement sur l’indemnisation de nos spectacles annulés et sur nos budgets 2020, mais également 2021, voire 2022 et sur les moyens afférents. La crise sera longue, elle ira au-delà de la période de confinement, nous le savons. En lien avec les autres acteurs du dialogue social et professionnel, nous nous tenons prêt.e.s à prendre part activement aux échanges concernant l’avenir de notre secteur et plus globalement du secteur du spectacle vivant. Plusieurs d’entre nous sont d’ailleurs déjà à l’œuvre dans certains territoires.

Soyons unis, CCN, CDCN, lieux de création et de diffusion, l'État et collectivités territoriales pour aider les compagnies et les personnels artistiques et techniques de notre réseau, et traverser ensemble cette crise.

Nous, artiste.s directeur.rice.s de CCN, n'entrevoyons pas d'autres chemins que ce large geste de solidarité !

Bouside Ait Atmane, Iffra Dia, Johanna Faye, Linda Hayford, Saïdo Lehlouh et Ousmane Sy / co-directeur.rice.s - Collectif FAIR-E - CCN de Rennes et de Bretagne
Kader Attou, directeur du Centre chorégraphique national de La Rochelle
Bruno Bouché, directeur artistique du CCN • Ballet de l’Opéra national du Rhin
Héla Fattoumi, directrice de VIADANSE CCN de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
Sylvain Groud, directeur du Ballet du Nord – CCN&Vous ! Centre chorégraphique national Roubaix-Hauts de France
Petter Jacobsson, directeur du CCN – Ballet de Lorraine
(LA)HORDE - Marine Brutti / Jonathan Debrouwer / Arthur Harel, directeur.rice.s du Centre chorégraphique national - Ballet National de Marseille
Éric Lamoureux, directeur de VIADANSE CCN de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours
Maud Le Pladec, directrice du Centre chorégraphique national d’Orléans
Thierry Malandain, directeur du CCN Malandain Ballet Biarritz
Mourad Merzouki, directeur du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val de Marne
Rachid Ouramdane & Yoann Bourgeois, directeurs du CCN2 - Centre chorégraphique national de Grenoble
Yuval Pick, directeur du Centre chorégraphique national de Rillieux -la-Pape
Angelin Preljocaj, directeur du Ballet Preljocaj – Centre chorégraphique national Aix-en-Provence
Alban Richard, directeur du Centre chorégraphique national de Caen en Normandie
Christian Rizzo, directeur d’ICI-Centre chorégraphique national Montpellier/Occitanie
Robert Swinston, directeur artistique du Centre national de danse contemporaine - Angers
Ambra Senatore, directrice du Centre chorégraphique national de Nantes
Emmanuelle Vo-Dinh - directrice / Le Phare, Centre chorégraphique National du Havre Normandie